Faut-il lancer une révolution ou faire du yoga ?
« Je ne veux pas faire du yoga, je veux lancer une révolution ! » « Je ne veux pas me calmer, je veux tout changer ! »

Si vous ne la connaissez pas... c'est une icône
Je comprends parfaitement ce sentiment. Les détenteurs du pouvoir veulent que l'on se calme, que l'on reste docile, que l'on accepte les choses telles qu'elles sont, et qu'on les laisse vaquer à leurs petites affaires douteuses. En faisant du yoga, ne jouons-nous pas exactement dans leur cour, au fond ?
Et pourquoi cela devrait-il être notre responsabilité de nous calmer, alors que nous serions bien plus sereins si le monde était plus juste ?
Ne devrions-nous pas plutôt cultiver notre colère pour nous pousser à l'action ? Pour nous donner l'énergie nécessaire à renverser ceux qui détiennent le pouvoir, à changer les choses ?
C'est un argument qui tient la route.
Sauf que...
Sauf que l'on peut faire du yoga et être en colère.

Le yoga ne nous rend pas dociles, il nous rend plus conscients de la manière dont nous utilisons notre énergie. L'introspection encouragée et entretenue par le yoga nous aide à mettre en lumière nos valeurs, nos croyances. Nous nous connaissons mieux, nous reconnaissons ce qui compte pour nous, ce que nous voulons, ce que nous n'acceptons plus. Cela nous permet de mieux identifier nos émotions (est-ce de la colère que je ressens ? Ou de la peur ? Du dégoût ? De l'inspiration ?) et ainsi d'agir avec plus de justesse et de pertinence.
Le yoga nous aide à mieux gérer notre énergie. Nous apprenons à l'utiliser plus judicieusement, sans la gaspiller dans des causes futiles. Nous pouvons donc l'utiliser pour nourrir ce qui est en accord avec nos valeurs, et je dirais ainsi, pour être plus efficaces dans notre militantisme.
Ainsi, nous nous sentons plus en phase avec nous-mêmes. Lorsque nous vivons en accord avec nos valeurs et utilisons notre énergie à bon escient, nous nous sentons mieux dans notre peau. Nous avons plus à offrir, et cela rayonne autour de nous, dans notre environnement immédiat. Ce qui est, à mes yeux, une forme de militantisme qu'il ne faut pas négliger.
Parce qu'on pourrait croire que changer le monde se fait en coup de tonnerre, lors de grands événements (comme la Révolution française), mais cette croyance peut mener au désespoir si nous n'en avons pas les moyens (parce que nous avons une famille, parce que nous ne sommes pas nécessairement prêts à mourir pour la cause, parce que tout est conçu pour nous empêcher de renverser ceux qui détiennent le pouvoir).
Pourtant, le changement peut aussi se produire à plus petite échelle. En incarnant nous-mêmes le changement. En aidant nos voisins chaque fois que nous le pouvons, en mangeant moins de viande, en transmettant nos valeurs à nos enfants, en étant actif dans notre communauté, en refusant de céder au désespoir et à l'impuissance apprise...
Et tout cela est facilité par le yoga. Par la philosophie promue par le yoga (les yamas et niyamas, j'ai d'ailleurs consacré toute une série de podcasts à ce sujet, en commençant par celui que je viens de lier plus haut) et par la sérénité qu'il nous procure : il est bien plus facile de convaincre les gens de rejoindre notre cause quand on la présente de manière calme et raisonnée... Je suis végétarienne, et quand je vois d'autres végétariennes essayer de culpabiliser les omnivores, cela m'attriste car cela sape complètement notre cause.
Je pense donc que le yoga ne devrait pas s'opposer à la révolution, mais qu'il peut au contraire constituer un atout majeur. Qu'en pensez-vous ?
Om shanti 🧡
Clem